L’inclusion scolaire

Ce texte est également disponible
dans le livre « Lire avec mon enfant ».

C’est le désir (mondial) de bannir l’exclusion. Pour une société riche et diversifiée, il faut des écoles riches et diversifiées. Inclure tous les élèves, c’est les intégrer à la société, tout simplement. Peu importe ses difficultés ou son handicap, un enfant a le droit de faire partie de l’école de son quartier, comme les autres jeunes du même âge. L’école est une microsociété qui doit présenter le même pourcentage de personnes ayant des besoins particuliers que partout ailleurs! Mettre les enfants « différents » dans une seule classe, c’est loin de la réalité. C’est aussi ridicule que mettre tous les « meilleurs » ensemble. Cela ne permet ni aux jeunes de se préparer à la vie hors de l’école ni aux autres d’apprendre à vivre avec toutes les facettes de l’humanité. Isoler une personne, car elle n’entre pas dans le « moule », c’est d’ailleurs de la discrimination pure.

Malheureusement, les systèmes d’éducation « spéciale » versus l’éducation « régulière » continuent à entretenir cette discrimination. À travers tout ce système se crée une mentalité où les jeunes ayant des difficultés et un handicap sont classés comme en les isolant de la « norme ». Qu’est-ce que la norme? C’est ce qui permet de justifier certains choix en considérant que ceux qui y sont seront davantage fonctionnels, car ils maîtrisent les standards de l’école. Performer en langues et en mathématiques serait-il le seul but à atteindre?

L’inclusion, c’est comprendre que, dans la vie, il n’y a pas que ces matières. Exclure une personne parce qu’elle ne réussira pas académiquement, c’est dire que la société ne peut fonctionner que grâce aux trois matières de base. C’est assez ridicule. Faites l’exercice et observez les métiers qui vous entourent. Quels sont leurs réels fondements? La communication? La créativité? La collaboration? La science? L’empathie? Le courage? Comprendre les homophones?

Centraliser et isoler les services pour des personnes dans le besoin, sous le couvert d’une intervention plus près de l’élève, c’est l’équivalent de créer deux systèmes: un pour les gens « différents » et un pour les gens « normaux ». Peu importe son rythme ou son style d’apprentissage, un enfant est avant tout un humain parmi les humains. Un handicap existe dans la comparaison avec autrui. De plus, il se manifeste en raison du manque d’initiatives et de créativité de l’environnement. Dire qu’un enfant se sentira « différent » dans une classe « régulière », c’est oublier que tous, sans exception, se sentent (et sont) différents dans un groupe! D’ailleurs, est-ce si grave de se sentir différent?

L’inclusion a un effet positif sur les apprentissages et les habiletés sociales du jeune inclus, mais aussi des autres jeunes de la classe. Le vivre-ensemble, vous connaissez? C’est ainsi qu’on découvre les qualités et le potentiel de l’autre (et non ses limites et ses difficultés). L’inclusion signifie que tous les enfants sont vus comme des êtres ayant des besoins particuliers. Ils ont tous un potentiel individuel et collectif. Bref, inclure un enfant dans une classe signifie qu’il y est chez lui, au même titre que tous les élèves.

Le jeune ayant une déficience intellectuelle, la petite ayant des problèmes d’anxiété, le garçon ayant un trouble d’apprentissage, le jeune manquant de motivation… Est-ce seulement ce qui les définit? Le premier a une grande empathie, la seconde est passionnée de science, le troisième dessine carrément en 3D et le dernier a développé sa petite entreprise lors de la période estivale… Se soucier du développement intégral des élèves, c’est voir ce qu’ils sont au-delà des étiquettes et de ce qu’ils ne sont pas.

Il faut préciser que le fait d’inclure un élève en classe régulière ne l’empêche aucunement d’avoir accès aux services de l’école, au même titre que les autres, à l’intérieur ou à l’extérieur de la classe. Ces services sont déjà là pour tous. Les programmes du ministère de l’Éducation souhaitent depuis longtemps aider les jeunes à construire leur identité et à actualiser leurs potentiels. L’enseignement est heureusement différencié dans notre système scolaire. L’élève est au centre de ses apprentissages et l’école doit partir de lui pour l’accompagner.

Les enseignants d’aujourd’hui sont flexibles et capables d’adapter leur enseignement à chaque individu composant leur classe! Ils savent qu’ils n’enseignent pas à un groupe homogène. Malheureusement, devant votre désir (justifié) d’inclure votre enfant en classe régulière pendant tout son parcours scolaire, certains intervenants pourront se fermer, avoir une attitude rigide et centrée sur certaines expériences négatives appartenant au passé. L’inclusion, c’est un apprentissage pour eux aussi. Les réactions porteront souvent sur l’apprentissage des notions théoriques : « Votre enfant ne pourra pas suivre le groupe! » Comprendre ce qu’est l’inclusion change tout, car le point ici n’est pas : « Je veux que mon enfant apprenne pour suivre les autres ». Le point ici est: « Je veux que mon enfant soit considéré comme un membre de la société qui l’accueillera tel qu’il est et l’accompagnera, sans le discriminer ».

Qui parle de connaissances? Les connaissances peuvent s’acquérir toute la vie et il existe une multitude de façons d’apprendre (surtout avec les technologies d’aujourd’hui). Il faut plutôt parler d’empathie, d’acceptation, d’épanouissement, de réalisation de soi. Si vous ne faites que vous entourer de personnes identiques à vous, quel progrès pensez-vous faire? Apprendre grâce à l’autre est un but en soi.

Après tout, être humain signifie être différent. Offrir des chances égales à tous, sans exception, c’est inclure tous les jeunes dans leur milieu de vie tout comme dans la société qui les entoure. Valoriser les différences et les utiliser comme des forces, c’est ce qui permet de faire avancer le monde. Soyez-en convaincus.

Mes réflexions sont appuyées par la lecture de :

ROUSSEAU, Nadia. La pédagogie de l’inclusion scolaire, Un défi ambitieux et stimulant, 3e édition, Canada, Presses de l’Université du Québec,2015, 510 p., Coll. Éducation intervention.

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